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Le cryoplane décollera-t-il un jour ?
Aéronautique Civile | jeudi 6 juin 2002

Le remplacement du kérosène par l’hydrogène dans les avions de ligne pourrait donner naissance aux futurs "Cryoplanes". les défis technologiques sont cependant nombreux et certaines interrogations demeurent. Mais qu’il s’agisse de la technologie nécessaire à la réalisation d’un avion, des composants du moteurs, de la mise en place d’une filière hydrogène (fabrication, distribution, stockage)rien n’est véritablement hors de portée du savoir-faire actuel. L’impact environnemental reste néanmoins une question : l’évolution des traînées de condensation à haute altitude étant mal connue.

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Le projet de Cryoplane

Les études de faisabilité conduites de 2000 à 2002 en Europe sont plutôt positives et on assiste aujourd’hui en à un regain d’intérêt pour ce mode de propulsion, qui combine abondance de combustible [1] et très faible niveau de pollution. "Cet intérêt actuel, pour de possibles applications aéronautiques, est spécifiquement européen" confirme Jean-Philippe Girault, ancien responsable du projet Cryoplane [2] pour Snecma. "Les recherches correspondantes sont plutôt au point mort aux Etats-Unis et c’est une opportunité que l’Europe peut saisir pour prendre de l’avance en la matière".

A portée de main

(JPG) "La conception d’un avion spécifique ne devrait pas poser de problème particulier" poursuit Jean-Philippe Girault. "La masse à vide serait sans doute plus élevée que pour un appareil classique, mais de façon très raisonnable. L’intérêt économique serait préservé". Fabriquer et transporter l’hydrogène à grande échelle imposerait en revanche de très gros investissements et sans doute une reconversion des industries pétrolières vers ce nouveau combustible. « Je suis plutôt optimiste quant à la construction d’un moteur à hydrogène » assure Jean-Philippe Girault. Les contraintes soulevées, froid extrême et étanchéité, sont actuellement bien maîtrisées au niveau de la production et du transport. Des habitudes industrielles existent déjà notamment avec l’industrie spatiale qui est une grosse consommatrice d’hydrogène. Il faudra "simplement" importer ce savoir-faire dans du matériel compatible avec le transport aérien, avec les exigences propres de sécurité et de rentabilité économique ».

En concurrence avec l’automobile

(JPG) Partant de ce constat, une deuxième phase du programme Cryoplane, mis en avant par EADS-Airbus avec la participation de Snecma, sera proposée à la Commission Européenne d’ici la fin de l’année, pour une possible sélection dans le cadre du 6ème PCRD (Programme Communautaire de Recherche et Développement). « Le Cryoplane se trouvera alors en concurrence avec des applications terrestres du moteur à hydrogène pour l’obtention de financements européens » analyse Damien Feger, responsable du projet Cryoplane à Vernon chez Snecma Moteurs. « Les transports terrestres sont aujourd’hui les plus polluants et ils pourraient à ce titre bénéficier de la plus grande priorité. Mais si l’heure d’un avion Cryoplane n’est peut-être pas encore venue, rien n’empêche le lancement d’études préliminaires sur des points précis. Le Cryoplane n’est qu’un des aspects du passage vers une civilisation hydrogène ». Damien Feger cite ainsi de possibles essais en vol pour étudier l’impact des traînées de condensation sur l’environnement (le moteur cryogénique rejette dans l’atmosphère 2,8 fois plus d’eau qu’un moteur classique).

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Décollage d’Ariane 5

Motoriste de premier plan, disposant d’une connaissance approfondie de la manipulation de l’hydrogène et de son emploi dans les systèmes propulsifs spatiaux (Ariane 4, Ariane 5), le groupe Snecma prend d’ores et déjà une part active aux réflexions sur les futurs équipements cryogéniques pour ce projet. Outre les établissements Snecma Moteurs de Vernon et Villaroche, Techspace Aero est pleinement impliqué dans le projet Cryoplane. Techspace Aero, la société belge du groupe Snecma, est partenaire du programme depuis 2001. Elle contribue aux études de faisabilité technique du projet grâce à son savoir-faire dans le domaine des équipements cryogéniques de propulsion des lanceurs Ariane. Les travaux menés dans le cadre du 5è PCRD se sont conclus par la remise d’une étude de faisabilité des vannes à hydrogène gérant l’injection du carburant dans les moteurs.

Lors de la soumission des projets pour le 6è PCRD, Techspace Aero proposera de poursuivre son rôle dans les équipements cryogéniques, les systèmes de lubrification, de moteur aéronautiques ou encore les modules de compresseur basse pression.

[1] L’hydrogène peut être produit par électrolyse de l’eau en utilisant des énergies renouvelables. Disponible en abondance, l’hydrogène liquéfié semble être aujourd’hui la seule alternative à long terme au pétrole (dont les réserves seront épuisées dans quelques décennies) pour la production d’énergie et les applications spécifiques au monde du transport.

[2] L’hydrogène ne peut être conservé sous forme liquide (et donc compacte) qu’à très basse température (cryo = froid).


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